• Lettre à Sacha (correspondance Sonia/Sacha 3)

      12-03-11 173414

    Février 1999. Lettre de Sonia à sa sœur Sacha.

    Sacha chérie,

    J’ai un peu tardé à te répondre car comme d’habitude, je ne savais pas comment te faire comprendre ce que je vis (du verbe VIVRE  évidemment !).

    A la maison, le quotidien est toujours chaotique. Philip me rend responsable de toutes ses rancoeurs et déceptions. J’ai essayé à maintes reprises de lui expliquer qu’il doit aller de l’avant et continuer à tenter de faire les meilleurs choix possibles dans l’existence, mais il refuse de faire face aux difficultés et préfère se dire qu’il n’a pas eu la chance qu’il méritait (!!), qu’il est « tombé » sur la mauvaise personne (moi) etc.…

    Vera se sent le devoir de protéger sa victime de père, et moi je m’évade mentalement de cette prison domestique.

    Il faut dire que je n’ai aucun mal à le faire puisque, comme je te l’ai expliqué dans ma dernière lettre, mon esprit est ailleurs…

    Tu es si rationnelle Sacha ! Comment veux-tu que je réponde à la question que tu me poses dans ta lettre : « existe-t-il  réellement un lien entre toi et cet homme ou s’agit-il d’une fixette à sens unique ? » 

    Bien sûr qu’il existe un lien entre cet homme et moi, mais pas au sens usuel du terme.

    Certes je le connais peu, mais j’en ai une représentation mentale assez riche, en esprit je le « vois » effectuer les gestes répétitifs du quotidien, j’imagine ce qu’il peut ressentir, je lui attribue certaines pensées…Ne me prends pas pour une folle Sacha, je l’ai bien observé et j’ai aussi l’occasion de parler de lui avec des connaissances communes.

    Je le regarde, je m’imprègne de son existence et pour le moment cela suffit à mon bonheur.

    Ce que je ressens pour lui est un trésor inestimable, j’ai la chance d’aimer, c’est fabuleux non ? Tout un univers s’ouvre devant moi, son monde à lui bien sûr, mais aussi la multitude des « possibles » que j’entrevois avec lui. Voilà en quoi consiste ce lien aujourd’hui. Il évoluera j’en suis certaine, mais je ne suis pas pressée. Je sais que tu ne me juges pas, mais j’espère que tu me comprends Sachoulia. Je me sens légère, heureuse, rajeunie. Je pourrais te  parler de moi, de lui, pendant des heures, t’écrire une lettre d’une centaine de feuillets…

    Mais je ne voudrais pas te lasser, alors je vais (à regret) changer de sujet.

    Tu souhaites savoir ce que m’évoque le rêve que tu m’as relaté dans ta lettre.

    Eh bien, l’invitation du châtelain laisse supposer que tu souhaites être protégée. Les détails de la pièce me semblent faire référence à la religion et à l’Orient (arabesques, couleurs vert et or, tapis et hommes déchaussés, mais aussi mains jointes et dojo). Je ne sais pas comment interpréter ton souhait de faire une photo de la pièce (me vient toutefois à l’esprit le mot « cliché »). Et enfin cette attitude triviale et inattendue du châtelain peut signifier que tu as peur de ne pas obtenir la protection souhaitée, ou bien que tu crains d’avoir à payer le prix fort pour cette protection.

    J’espère que ce petit décodage te permettra de voir plus clair en toi.

    Voilà ma Sachoulenka, l’hiver n’en a plus pour longtemps mais il commence à faire frais sur ce banc malgré un soleil pâlichon. Je vais rentrer prendre un thé accompagné de ces petits biscuits caramélisés que Maman aimait tant.

    Je t’embrasse très fort et espère avoir vite de tes nouvelles.

    Ta Sonia


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